Sociologie et politique de la psy

La dimension sociale du vécu personnel

Nous sommes habitués à distinguer, voire à opposer, l’individuel et le social. Il y a d’un côté les problèmes de la société, de l’autre les problèmes des personnes. Les premiers relèvent de la politique, les autres de la psychologie.

Ce n’est pas si simple. L’individu en général, et notamment l’individu qui ne va pas bien et fait une démarche “psy”, n’existe pas uniquement par lui-même. Sa vie n’est possible et ne prend sens que parce qu’elle s’inscrit dans une histoire personnelle et collective, dans une culture et des événements partagés, dans des réseaux de relations entre des individus, des groupes et des institutions.

On ne peut pas comprendre et bien traiter les troubles psychologiques que si l’on prend en compte cette dimension sociale de l’existence individuelle.

La dimension sociale et historique de la psychopathologie

Historiquement, la psychopathologie a été fortement marquée par le modèle médical. On a voulu voir les “troubles mentaux” comme des problèmes de santé parmi d’autres, et on leur a appliqué les mêmes méthodes : description, classification, recherche des causes, recherche des remèdes adaptés à chaque “maladie”, etc.

Dans la plupart des cas, cette approche n’est pas justifiée. Certes, il y a souffrance et souci de l’apaiser, mais le modèle de la maladie n’est pas adapté au cas des souffrances psychologiques. Les troubles mentaux sont des troubles sociaux, dans un double sens : d’une part, ce sont des troubles de la vie sociale (comme on parle de “troubles à l’ordre public”), ce n’est pas seulement la personne qui “ne va pas”, mais ses relations avec les autres, les institutions auxquelles elle participe, etc. ; d’autre part, ces troubles surviennent en réponse à des difficultés de la vie humaine qui sont elles-mêmes d’origine sociale : inégalités sociales, trajectoires sociales complexes, montée de l’individualisme, changements dans les rapports entre les sexes, évolution de la famille, etc.

Il est donc essentiel de reconsidérer l’approche médicale des troubles mentaux pour a compléter par une approche sociale et historique. Des entités comme l’hystérie, la paranoïa, la dépression ou l’anorexie (par exemple) n’apparaissent pas n’importe quand, n’importe où et n’importe comment. Les comprendre réellement et trouver les bonnes manières de les “soigner” suppose de comprendre leur signification sociale.

Politique et éthique de la psy

C’est la société qui fait les individus, mais ce sont aussi les individus qui font la société. Dans un régime démocratique, en particulier, chaque citoyen est invité à jouer son rôle dans l’évolution de l’organisation et du fonctionnement de la société.

Cela signifie que toute pratique de transformation personnelle est aussi une pratique de transformation sociale. Les pratiques “psy”, notamment, qu’elle relèvent de la psychothérapie, de l’accompagnement (ou coaching), du développement personnel ou de la formation, ont des impacts sur la vie sociale et politique. Des impacts qui peuvent être positifs (des individus qui vont mieux pourront peut-être faire une société meilleure) mais aussi négatifs (en encourageant un repli sur soi ou un égocentrisme excessif, en diffusant des visions irrationnelles de la vie humaine, en cultivant des sentiments inauthentiques et destructeurs…). De plus, une prise en compte insuffisante de ces enjeux dans la pratique psy peut avoir un effet en retour négatif sur le bien être de la personne.

Le praticien a donc  une responsabilité politique et éthique, non seulement vis-à-vis de la personne auprès de laquelle il intervient directement, mais aussi plus globalement vis-à-vis de son entourage, proche ou lointain.


L’association Psypol

Pour contribuer à promouvoir dans notre société la réflexion collective sur ces thèmes et l’évolution des pratiques, j’ai participé à la création de l’association Psypol, qui organise des conférences, des journées d’étude, des séminaires de formation ou de recherche, des publications, etc.

Aller au delà d’une vision uniquement “psychologique” de la pratique des psychothérapies,

leur reconnaître toute leurs dimensions sociales, éthiques et politiques

La “psy” (psychologie clinique, psychiatrie, psychanalyse, psychothérapies) occupe aujourd’hui une place centrale dans notre monde et dans la vie de beaucoup de personnes.

Puisqu’il s’agit de s’occuper de ce qui se passe “dans la tête” ou dans les relations les plus proches, on est tenté de privilégier une approche uniquement à l’échelle individuelle.

Pourtant, ces pratiques “psy” ne sont pas neutres socialement. Elles existent dans une société donnée à une époque donnée. Elles touchent des catégories de “clients” socialement situées, confrontées à des difficultés de vie qui sont elles-mêmes des réalités sociales. Enfin, ces pratiques ont des effets qui vont au-delà de la personne particulière qui s’y engage : des effets sociaux, éthiques et politiques.

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Sources

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Avec humour et bienveillance, un panorama de la diversité de l’ «offre psy» contemporaine (Angèle Arsenault, Thérapies)