Qui suis-je ?
Je suis donc psychosociologue. Ce qui, comme son nom l’indique, est une association de la psychologie et de la sociologie. La psycho pour l’attention portée aux personnes et à leur vécu, notamment quand il est difficile et qu’on tente d’apporter de l’aide. La socio (et plus largement les sciences sociales, avec une bonne rasade de philo pour compléter) pour fournir un cadre pertinent de compréhension et d’élaboration des réponses.
J’ai appris ce métier comme on apprend les métiers en général : par un mélange de formation initiale, de formation continue, d’expérience professionnelle et d’expérience personnelle.
Formations
Ma formation initiale a été celle d’un psychologue (à l’Université de Lille), mais avec dès le départ des compléments en socio (je fréquentais les deux facs en parallèle). Elle a abouti à un DEA (aujourd’hui, Master 2 recherche) en psychologie sociale sur le thème “psychologie de la conscience de classe”.
Tout au long du reste de ma vie, j’ai suivi de nombreuses formations continues. En dehors de nombreux stages ponctuels, j’ai plus particulièrement approfondi trois directions :
L’Analyse Transactionnelle, à laquelle je me suis formé dans les années 90-95 auprès du CFIP de Bruxelles, de l’IFAT Paris, et aussi beaucoup par ma coopération avec Brigitte Rubbers. J’ai contribué auprès d’elle en 1998 à la création de l’Institut d’Analyse Transactionnelle France-Belgique basé près de Lille.
La Sociologie Clinique développée principalement par Vincent de Gaulejac à partir de son expérience des séminaires “roman familial et trajectoire sociale” et de son livre “la névrose de classe”. De 96 à 99 j’ai suivi de nombreux stage “d’implication et de recherche” dans le cadre de ce qui est depuis devenu l’Institut International de Sociologie Clinique.
L’expression théâtrale, à la fois comme mode de création artistique et comme outil de travail psychosociologique. Je me suis formé d’une part à l’école du théâtre du mouvement, surtout centré sur la dimension corporelle du travail de l’acteur, notamment dans le cadre du sympathique centre de formation de Trielle ; et d’autre part aux techniques du théâtre de l’opprimé et de l’arc-en-ciel du désir d’Augusto Boal, visant à utiliser le théâtre pour explorer et faire évoluer les contradictions individuelles et sociales.
Expériences professionnelles
Mais, bien entendu, c’est aussi largement par l’expérience que j’ai acquis mes compétences professionnelles. En dehors des activités de mes jeunes années, variées, nombreuses et courtes (essentiellement comme formateur ou responsable de formation dans diverses institutions), cela s’est joué pour l’essentiel dans deux structures
COPAS, une société coopérative de conseil que j’ai contribué à créer en 1984. Pendant plus de 20 ans, j’y ai réalisé un grand nombre de missions d’appui aux politiques publiques d’intervention sociale (dans des domaines tels que la prévention de la délinquance, l’insertion professionnelle ou l’orientation, le handicap, la protection de l’enfance, la toxicomanie, les formations de base, etc.). Suivant les demandes, il pouvait s’agir de conseil proprement dit (aide à la prise de décision), de production méthodologique, d’accompagnement de projets, d’études de terrain, d’évaluations, de formations, etc. Tout cela a donné lieu bien entendu à un grand nombre d’écrits : rapports, articles et quelques livres.
Mais COPAS, cela a aussi été une passionnante aventure collective, la recherche permanente de formes d’organisation aussi “bien-traitantes” que possible pour les salariés, des formes dynamiques de démocratie interne, la stimulation réciproque des évolutions personnelles, l’élaboration d’une réflexion collective stimulant les pensées individuelles, etc.
Le CUEEP (Institut de Formation Continue de l’Université des Lille I), et plus précisément son département Relation Humaines & Communication. Pendant près de 30 ans (mais à temps plus partiel), j’y ai animé un très grand nombre de formations (voir le détail dans les références), qu’on peut ranger en deux grandes catégories. D’une part les formations théoriques, c’est à dire destinées à favoriser l’appropriation de connaissances conceptuelles. Progressivement j’ai acquis la conviction que de tels apprentissages ne pouvaient être réellement efficaces et utiles que s’ils étaient fortement ancrés dans l’expérience de vie des participants, et j’ai développé les méthodes pédagogiques permettant de le faire. D’autre part, j’ai animé des stages de développement personnel, essentiellement centrés sur la dimension existentielle et sociale du cheminement personnel (avec des thèmes comme : la place, la solitude, la morale, le rapport au pouvoir, le rapport au savoir, etc.) Enfin, j’ai été associé activement à l’équipe pédagogique du DUCERH (Diplôme Universitaire de Compétences en Relations Humaines), contribué à la définition et à l’évolution de la maquette de la formation, suivi les étudiants dans la préparation de leur mémoire, participé à l’évaluation finale des compétences relationnelles, etc.
Autres expériences et autres apprentissages
Le métier de psychosociologue est un métier où l’on engage toute sa personnalité. Il ne s’apprend donc pas seulement dans des formations spécialisées ou dans l’exercice professionnel. Toutes les expériences de la vie peuvent être mises à profit pour mieux comprendre tant la “psycho” (ce que c’est que l’existence humaine, vue de l’intérieur) que la “socio” (ce que c’est que vivre avec les autres et par les autres), et le lien entre les deux. Impossible ici d’énumérer l’ensemble de ces expériences. Je voudrais cependant en mentionner quelques unes parmi les principales.
La psychothérapie, c’est à dire la démarche consistant à demander à un autre, compétent pour cela, de nous accompagner pendant quelque temps sur le chemin de la construction de notre identité et de notre manière propre de mener notre existence d’être humain. J’ai beaucoup pratiqué cette activité, d’abord en Bioénergie et Analyse Transactionnelle, puis, ces dernières années, en Gestalt Thérapie. Parfois, cela permettait de faire face à des épisodes de vie particulièrement difficiles. Parfois, c’était seulement une manière de soutenir mon cheminement. A force, cela a fini par devenir une démarche permanente, même en dehors des “tranches” de thérapie proprement dite.
Le théâtre, que j’utilise comme support de travail psychosociologique, est aussi le domaine artistique où je me retrouve le mieux, à fois comme spectateur et comme acteur. Dans le cadre de la compagnie du Théâtre des Attractions, je participe au choix et à la conception de spectacles dont j’assure la mise-en-scène et où je joue aussi généralement. Parmi les dernières aventures et les plus touchantes : La ronde, d’après A Schnitzler, Le livre brisé, d’après S. Doubrovsky et Phèdre d’après Sénèque.
L’engagement citoyen. Dans une démocratie, il est possible et nécessaire que chaque citoyen prenne sa place dans l’élaboration des grandes orientations de la vie publique. J’essaie de le faire, par ma participation aux Verts, le parti écologiste (qui tente d’allier, conformément aux principes du développement durable, les soucis d’efficacité économique, de justice sociale et de prudence environnementale). Je suis également membre bénévole du comité “emploi” qui accompagne la Fondation de France dans la conception et le suivi de ses actions en matière d’insertion sociale et professionnelle.
Les autres. Enfin, je ne peux pas ne pas mentionner ce qui reste la meilleure source d’apprentissage en matière de psychosociologie : la rencontre, directe ou indirecte, avec les autres. Bien sûr trop nombreux pour être cités. Mais que j’ai tenu à évoquer au moins un peu dans la colonne ci-contre.
Les autres
Aucun individu ne tient tout seul. Si j’existe, si je suis ce que je suis, c’est parce que d’autres ont croisé ma route. Impossible bien sûr de les mentionner tous.
En voici un petit échantillon, qui se renouvellera régulièrement.

Avec sa femme, Anne, il a été mon principal formateur en Analyse Transactionnelle. Et c’était un régal. Il est mort soudainement en juillet 2006.

Michel Rocard
J’aime la politique, mais, il faut bien le reconnaître, il n’est pas très facile de trouver des hommes politiques à aimer. Celui-là me plaît bien.

Emmanuel Sion
Nous avons créé ensemble, avec JB Dumortier, la scop COPAS qu’il a marquée de son empreinte pendant 25 ans. En 2009, il a accédé à la retraite : bon repos à lui !

Irvin Yalom
Sans doute le psychothérapeute dont je me sens aujourd’hui le plus proche, tant dans la pratique que pour sa philosophie et son éthique.

Brigitte Rubbers
Nous avons énormément travaillé ensemble, d’abord au CUEEP, puis à la création de l’Institut d’Analyse Transactionnelle.
Elle est disparue le 9 octobre 2008

Arthur Coquelle
Mon père. Il était boulanger.
Ici une photo prise en 1968.

Joëlle Martin
Actuellement responsable du département RH du CUEEP, où elle a réalisé un travail formidable.

Marcel Proust
Une admiration pas très originale, mais toujours retrouvée et renouvelée à chaque lecture de La recherche

Vincent de Gaulejac
Auprès de lui, par la lecture, dans ses formations et dans nos échanges, j’ai appris la sociologie clinique… et beaucoup évolué moi-même.

Véronique Persuy
Une de mes collègues de COPAS, avec qui j’ai coopéré souvent et avec bonheur. Un peu une soeur, aussi.

Isabelle Haas
Une des brillantes comédiennes du Théâtre des attractions. Elle écrit aussi de magnifiques chansons avec son ami Presque oui.

Jean Piaget
Il n’est plus très à la mode chez les psychologues. Mais je l’ai beaucoup étudié dans ma jeunesse, et c’est un de ceux avec qui j’ai appris à penser.
Et son béret est super.

Serge Doubrovsky
Un “phénomène” de la littérature autobiographique. Pour moi une rencontre, littéraire et humaine, vraiment bouleversante.